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L’IA va-t-elle remplacer les ingénieurs ? Ce que disent LeCun, Acemoglu et les données 2026

Ingénieur

Publié le 15/06/2026

Delphine de Guillebon

Delphine de Guillebon

co-fondatrice Eurêka Study

L’intelligence artificielle va-t-elle rendre inutiles les études d’ingénieur ? C’est la question que se posent de plus en plus de familles de lycéens — et elle mérite une réponse sérieuse, fondée sur des données et des experts qui font autorité. La réponse courte : non. La réponse longue : c’est même exactement le contraire. Voici pourquoi, et ce que ça change concrètement pour l’orientation de votre enfant.

 

L’ingénieur IA, métier numéro 1 en France en 2026.

Commençons par les faits. LinkedIn vient de publier son classement annuel des 25 métiers en plus forte croissance en France, établi à partir des trajectoires de millions de professionnels entre 2022 et 2025. Le résultat est sans ambiguïté : pour la première fois, l’ingénieur en intelligence artificielle arrive en tête du classement, détrônant l’inspecteur qualité qui dominait en 2025. Le directeur de l’IA arrive directement en deuxième place, et le chercheur en machine learning en troisième.

Ce classement illustre une réalité que les chiffres de recrutement confirment : l’IA ne supprime pas le besoin d’ingénieurs. Elle en crée de nouveaux, et accélère la demande pour les profils existants. Les entreprises recrutent à la fois des profils techniques capables de concevoir les systèmes, et des profils capables de piloter leur intégration stratégique.

Ce que dit le classement LinkedIn 2026

Classement des métiers en plus forte croissance en France, établi sur les données LinkedIn 2022-2025 (plus de 30 millions de membres en France) :

Rang Métier
1 Ingénieur en intelligence artificielle ← nouveau n°1
2 Directeur de l’IA
3 Chercheur en machine learning
Métiers HSE, santé, transition écologique…

Source : LinkedIn « Métiers en croissance 2026 », données janvier 2023 – juillet 2025, membres français.

 

Ce que dit Yann LeCun : « Arrêter ses études à cause de l’IA ? C’est absolument faux. »

Yann LeCun est le chercheur français le plus influent du secteur de l’intelligence artificielle. Lauréat du prix Turing,  l’équivalent du Nobel en informatique,  il a dirigé pendant plus de dix ans le laboratoire de recherche en IA de Meta, avant de fonder AMI Labs à Paris en 2026. Dans une interview récente publiée dans Le Figaro, il s’exprime avec une clarté remarquable sur la question des études à l’ère de l’IA.

Sur l’idée que l’IA rendrait les études superflues, sa réponse est sans appel : « On entend dire qu’avec l’IA les jeunes peuvent arrêter leurs études. Ça, c’est absolument faux. C’est même exactement le contraire. » Pourquoi ? Parce que dans le monde du travail qui se dessine, les salariés vont devenir, selon ses termes, des « managers d’IA », des professionnels capables de piloter, évaluer et orienter les systèmes intelligents. Ce rôle exige une vision globale, une capacité de jugement, une culture scientifique solide. Il ne s’improvise pas.

Yann LeCun va plus loin : il anticipe une « demande accrue pour des diplômes avancés de niveau master ou doctorat ». Non pas que tout le monde doive faire un doctorat, mais que la valeur des formations longues, rigoureuses et scientifiques va croître, pas décliner. L’IA automatise les tâches d’exécution. Elle libère de la place pour les compétences de haut niveau.

L'IA selon Yann LeCun : amplificateur, pas remplaçant

Yann LeCun décrit l’IA comme « un amplificateur d’intelligence humaine, et donc un amplificateur de productivité ». Sa vision du futur du travail : « Nous serons tous le patron d’une équipe d’agents intelligents, qui nous aideront dans nos vies de tous les jours, mais qui démultiplieront aussi nos capacités créatrices et permettront aux humains de se concentrer sur les activités proprement humaines. »

Il précise aussi, avec une humilité rare dans ce secteur, que l’intelligence artificielle générale — une IA au niveau humain — n’est pas pour demain. Les LLM actuels (ChatGPT, Claude, Gemini…) sont puissants mais limités. La vraie rupture, selon lui, viendra des « world models », une approche radicalement différente encore en recherche fondamentale. Autrement dit : l’IA d’aujourd’hui ne remplace pas l’ingénieur. Elle change ce que l’ingénieur fait.

 

Le regard plus nuancé de Daron Acemoglu, Prix Nobel d’économie 2024.

Yann LeCun lui-même cite Daron Acemoglu, économiste au MIT et Prix Nobel d’économie 2024, comme l’une des voix à écouter sur l’impact de l’IA sur le marché du travail,  avec une précision : Acemoglu est « un peu plus inquiet ». C’est un euphémisme utile. Les positions des deux hommes ne sont pas opposées, mais elles éclairent des aspects différents de la même réalité.

Daron Acemoglu est d’accord sur l’essentiel : l’IA doit « être conçue pour accroître l’éventail des capacités humaines », et non les remplacer. Il souligne que la technologie génère des emplois nouveaux autant qu’elle en transforme d’autres. Mais il met en garde sur la direction que prend l’innovation : si l’IA est principalement déployée pour automatiser et concentrer les gains de productivité entre quelques mains, les risques pour la qualité du travail et les inégalités sont réels.

Ce débat entre Yann LeCun et  Daron Acemoglu est en réalité une excellente nouvelle pour les lycéens qui envisagent des études d’ingénieur. Les deux s’accordent sur un point fondamental : l’avenir appartient aux humains capables de travailler avec l’IA, de la piloter, de la questionner, de définir ce qu’elle doit faire,  et ce qu’elle ne doit pas faire. Ces compétences-là s’acquièrent dans des formations longues, exigeantes, scientifiques.

 

100 000 ingénieurs manquants : un besoin structurel, pas conjoncturel.

Au-delà du débat sur l’IA, le besoin en ingénieurs en France est documenté et massif, indépendamment de toute révolution technologique. Le rapport de l’Institut Montaigne « Métiers de l’ingénieur : démultiplier nos ambitions » (mai 2025) établit que la France devra recruter 100 000 ingénieurs et techniciens par an d’ici 2035, dont 60 000 diplômés supplémentaires et 40 000 reconversions professionnelles. Ce besoin est porté par trois moteurs simultanés : la réindustrialisation, la transition écologique, et la transformation numérique.

Aujourd’hui, 70 % des recruteurs peinent déjà à trouver les profils qu’ils cherchent. Et la filière ingénieur, avec 157 600 étudiants inscrits en 2025-2026 selon la note SIES du ministère de l’Enseignement supérieur, ne croît que de 2 % en cinq ans. L’écart entre l’offre de diplômés et les besoins du marché va se creuser, avec ou sans IA. Notre analyse complète des effectifs et des voies d’accès en cycle ingénieur détaille cette dynamique.

L’IA ne change pas ce constat, elle l’amplifie. Les métiers de l’ingénieur se transforment, mais ils ne disparaissent pas. Ils se complexifient, montent en gamme, et exigent davantage de compétences transversales : capacité à travailler en équipe pluridisciplinaire, à communiquer des résultats complexes, à prendre des décisions dans l’incertitude. Autant de compétences que les grandes écoles d’ingénieurs développent précisément.

 

Les maths au lycée : là où tout se joue vraiment.

C’est ici que le tableau national rejoint les choix individuels d’un lycéen. L’Institut Montaigne est sans détour dans son rapport « Mathématiques à l’école : résoudre l’équation » (septembre 2024) : la maîtrise des savoirs scientifiques est « le premier déterminant de notre trajectoire économique et sociale ». Et le constat est préoccupant : entre 2017 et 2023, le score moyen des élèves français en mathématiques à l’entrée en sixième a baissé de 47 points, l’équivalent d’une année scolaire.

Mais le rapport révèle aussi quelque chose que les médias commentent peu : l’élite scientifique française tient. Sur la même période, la proportion d’élèves à l’entrée en 6ème les plus performants en mathématiques a progressé de 3,9 points, passant de 28,1 % à 32,1 %. La France ne perd pas ses meilleurs élèves en sciences,  elle perd le milieu du tableau. Ce double mouvement est crucial pour comprendre les enjeux de l’orientation.

Ce que cela signifie concrètement pour un lycéen : les choix de spécialités en Première ne sont pas anodins. Conserver les mathématiques, et idéalement la spécialité Physique-Chimie ou NSI (Numérique et Sciences Informatiques),  est la condition nécessaire pour accéder aux voies CPGE scientifiques, aux écoles d’ingénieur post bac. Décrocher des maths en Seconde sous prétexte que « l’IA fera tout », c’est fermer des portes définitivement, au moment précis où ces portes deviennent plus précieuses que jamais.

Yann LeCun l’a dit clairement : l’avenir appartient aux jeunes capables de « diriger l’IA dans la bonne direction ». Ces jeunes-là seront ceux qui auront maintenu une formation scientifique rigoureuse. Le paradoxe de notre époque, c’est que la révolution de l’IA, souvent présentée comme une raison de délaisser les études,  est en réalité une raison supplémentaire de les prendre au sérieux, et de commencer à les préparer dès le lycée.

Une question revient souvent dans les familles :
mon enfant est attiré par l’ingénierie, mais il est en difficulté en maths, faut-il renoncer ?

Pas nécessairement. La baisse générale du niveau ne condamne pas les élèves qui ont la motivation et le bon accompagnement. Certaines voies de bac, ou voies d’accès post bac, écoles post bac, Bachelors scientifiques, BUT en passerelle, prépas ATS, sont précisément conçues pour des profils qui ne sont pas dans le haut du tableau en terminale mais ont un projet solide. Et les représentations du métier d’ingénieur,  trop technique, trop solitaire, réservé aux « forts en maths », méritent d’être questionnées sérieusement avant de décourager un lycéen.

Notre article dédié déconstruit ces idées reçues une par une , et donne des arguments concrets pour ne pas refermer cette porte trop vite.

Ce que ça change pour l'orientation de votre lycéen

Ne pas décrocher des maths. C’est la condition d’accès à la quasi-totalité des voies vers le diplôme d’ingénieur — CPGE, écoles post-bac, … Les choix de spécialités en Première ont des conséquences directes sur Parcoursup deux ans plus tard.

L’IA est une filière, pas une menace. Ingénieur IA, directeur IA, chercheur en machine learning : ces métiers n’existaient pas il y a cinq ans. Ils sont aujourd’hui en tête des recrutements. La filière ingénieur y mène directement, par les écoles spécialisées en informatique comme par les grandes écoles généralistes qui ont toutes intégré l’IA dans leurs cursus.

Les compétences humaines prennent de la valeur. Yann LeCun comme  Daron Acemoglu s’accordent sur ce point : ce que l’IA ne remplace pas, c’est le jugement, la créativité, la capacité à poser les bonnes questions. Ce sont précisément les compétences que développent les formations d’ingénieur, à condition de les choisir en cohérence avec son profil.

L’élite scientifique française tient. La baisse générale du niveau en maths ne touche pas les meilleurs élèves, leur part progresse même. Si votre lycéen a les aptitudes et la motivation, il ne doit pas s’autocensurer face à une filière dont le prestige et les débouchés n’ont jamais été aussi solides.

 

 

Votre lycéen hésite entre les spécialités, s’interroge sur la CPGE ou l’école post-bac, sur la place des maths dans son avenir ? Un bilan d’orientation permet de construire une stratégie cohérente avec son profil — avant que les choix de Première ne ferment des portes.

 

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Sources : Yann LeCun, interview Le Figaro, juin 2026 ; LinkedIn « Métiers en croissance 2026 », données 2022-2025 ; Daron Acemoglu, MIT, Prix Nobel d’économie 2024 ; Institut Montaigne, « Métiers de l’ingénieur : démultiplier nos ambitions », mai 2025 ; Institut Montaigne, « Mathématiques à l’école : résoudre l’équation », septembre 2024 ; SIES Note Flash n° 2026-14, juin 2026, MESRE.

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Delphine de Guillebon

Consultante en Orientation Scolaire
Cofondatrice d’Eurêka Study
Cabinet d’orientation à Paris 16° & Consultation OnLine

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